Le cycle du prophète : Livre 1 : Le prophète (EXTRAIT)

PRODROME.

 

Ceci aurait pu être l’histoire de ma mort.

Ce n’est malheureusement pas le cas.

Cette histoire est celle de ma rencontre avec le grand amour de ma vie. Mon âme sœur. Ma flamme jumelle. Combien nous nous sommes aimés. Comment nous avons combattu les forces des Ténèbres. Je pourrais vous dire que notre histoire se finit bien. Il n’en est rien. Pourtant, nous étions forts, courageux, puissants.

Cela n’a pas suffi. Sa Lumière s’est éteinte.

Mon cœur se déchire de désespoir.

Car cette histoire est avant tout l’histoire de sa mort.

 


 

Première Partie.

Rencontres.

« Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on ne connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. »

Victor Hugo.

 


CHAPITRE I.

Zack, pour les intimes.

Zachary.

Me voilà dans cette ruelle sombre en train de mourir.

Je savais que venir ici changerait tout pour moi, mais pas à ce point ! Bon sang ! La vie est mal fichue par moment ! Ma mère m’a toujours appris à voir le bon côté des choses. Je ne suis pas persuadé que mourirbêtement dans une rue soit vraiment un « bon côté » cependant, l’être que j’aime le plus au monde est à mes côtés. C’est même pour cette personne que je viens de me faire planter un mauvais coup dans les côtes, alors….

On s’est fait déborder par cette meute de guerriers sortis d’on ne sait où. Ou presque. On a senti le portail dimensionnel s’ouvrir tous les quatre en même temps. On s’est séparé pour contenir ces fous furieux, on s’est battu et puis je me suis fait embrocher. Je peux vous dire que je l’ai bien senti passé ! La lame était froide. Glaciale même. Anormalement glaciale, je dirais. Sans doute un sort jeté pour n’épargner personne. Sauf que « personne », c’est moi ! Pourtant, ça commençait à plutôt bien s’arranger pour moi.

Tout a commencé il y a quelques mois lorsque je suis arrivé en ville. Pas n’importe laquelle s’il-vous-plaît. Il s’agit d’une mégapole vraiment fabuleuse où les bâtisses se perdent dans l’horizon et s’élèvent jusqu’au zénith. Une ville où tout défile dans ses rues ordonnées à une vitesse extraordinaire : les gens, les espoirs novices, les déceptions funestes, les premières amours accompagnées de leurs premiers tourments, la réussite ou les échecs.

Elle rit, s’égosille, sanglote ou murmure au son des milliers de voix métissées qui vivent, respirent, meurent entre ses bras protecteurs. Cette mégapole aux nombreux immeubles, habitations en tous genres est la capitale de mon monde. Un monde peut-être identique au votre, allez savoir ! Avec tous ces portails dimensionnels, tout est possible.

Le mien est géré par une tête monarchique : une personne à la fois sage et puissante, mais, je vous raconterai tout cela un peu plus tard.

Avant de pouvoir me rendre en ville, j’ai passé un examen super compliqué. Sans me vanter, je l’ai réussi avec les honneurs ce qui m’a valu d’obtenir une bourse ainsi que de m’inscrire à l’Institut Supérieur pour terminer mes études. J’avais une année à faire. Une seule ! Je ne demandais rien d’autre que de la boucler tranquillement, monter mon projet pour pouvoir rentrer chez moi. Rien de plus banal en fait.

Mais non.

Il a fallu que je croise son regard. Que j’en tombe raide dingue ! Que je ne puisse plus m’en passer pour finir assis par terre, le sang dégoulinant entre mes doigts avec Amour, à côté de moi, en train de flipper à mort. Et à voir ses splendides yeux troublés, je crois que je n’en ai plus pour longtemps.

Dans ma tête, une chose était sûre : cette bourse allait chambouler ma vie ! Je ne savais pas à quel point ! D’abord la cité, ça me changerait de mon petit village, dans ma petite campagne, où je vivais jusqu’à présent avec maman. Non pas que je ne sois pas en âge d’avoir mon propre chez moi, mais plutôt parce que je ne pouvais décemment pas laisser ma mère toute seule. Surtout avec le drame survenu dans ma famille.

Même si le temps a séché nos larmes, il n’a pu effacer notre chagrin. Il est des peines qui ne se referment jamais et laissent au fond de nos cœurs une fêlure indélébile, comme une ombre qui lézarde nos rires, un souffle glacial qui nous ramène au manque que nos disparus laissent dans nos vies, pour toujours… comme le souvenir de ma sœur décédée qui reste cruellement intact. Les pleurs coulent à l’intérieur de nous, nous giflent à nos heures perdues, nous scindent l’âme et le corps lorsqu’un objet, une image ou n’importe quoi de banal nous érafle de sa mémoire.

Elle a été emportée par une maladie anciennement nommée pneumonie. Je dis anciennement, car, de notre temps, il n’y a que peu de problèmes de santé, du moins pour certains d’entre nous.

Mais laissons un peu ces souffrances qui, si nous ne les oublions pas, ne changeront pas notre quotidien, pour en revenir à des choses plus ordinaires.

Je vis au trente-huitième siècle du calendrier humain. Alors les maladies, de nos jours, ce n’est pas ce qui court les rues. Elles ont pratiquement disparu de la surface de la Terre. Nos guérisseurs sont là pour, et bien vous savez : nous guérir ! Enfin, quand je dis « nous » je pense surtout à ceux qui vivent dans les villes. Pour les gens de la campagne, il vaut mieux éviter de tomber malade.

Mon monde est un mélange de technologie moderne, comme divers véhicules volants, des faisceaux télétransporteurs ainsi qu’un mode de vie antique et monarchique donc. Dans nos écoles, nous apprenons même à nous battre à l’épée ! Quelle que soit notre situation sociale, nous en possédons une dès la naissance. Cadeau du bon seigneur notre Roi. Et puis, la plupart d’entre nous disposons de pouvoirs. Oui, nous avons quelques facultés exceptionnelles, dont je vous reparlerai en temps voulu.

Mais je manque de politesse.

Je me présente : Zachary Cain, Zack pour les intimes. Les intimes sont rares et c’est tant mieux. J’ai dix-neuf ans. Je suis majeur depuis quatre ans déjà. On peut donc dire que je suis un jeune adulte. Et, sans vouloir me vanter, je suis ce que la gent féminine qualifie de beau garçon. Je suis grand : un bon mètre quatre-vingt-trois, mes cheveux sont châtains, mes yeux sont bleus. Je suis athlétique, sportif et d’une intelligence peu commune paraît-il. Toutefois, je vous arrête tout de suite les filles ! Pas la peine de fantasmer sur mes pectoraux ou mes biceps du tonnerre, car, si vous ne l’avez pas encore compris, mon cœur est déjà pris.

Oui. Je suis déjà complètement et définitivement raide-dingue de quelqu’un. OK… un peu inaccessible pour l’instant. Néanmoins, ce n’est qu’une question de temps. Sauf si je meurs avant. Car ce n’est pas gagné pour moi.

À la suite du décès de ma sœur, ma mère se retrouvant seule, je suis revenu chez elle pour l’aider. Cependant, me voir arrêter mes projets pour rester avec elle, ça l’a faite culpabiliser. C’était idiot. Mais, elle est comme ça ma mère. Elle pense avant tout à mon bonheur. Et moi au sien. Donc, ça lui en coûtait de me voir gâcher ma vie, selon elle du moins.

— Finis tes études ! m’a-t-elle dit. Pense à ton avenir ! Monte ton projet !

Moi, tout ce que je voulais, c’est être certain que tout va bien pour elle. Aussi, j’ai fait des petits boulots pour gagner quatre sous. Surtout pour la soulager. Ça ne me dérange pas puisque je suis plutôt habile de mes doigts. Néanmoins, elle a insisté. Encore et encore. Bonjour la prise de tête ! Jusqu’à ce qu’elle tombe sur cette annonce. Enfin, quand je dis qu’elle est « tombée » sur le communiqué, c’est un peu ironique.

Cette publication est annuelle.

Il s’agit d’un examen à passer pour décrocher une bourse. Donc, je l’ai vue venir avec son air innocent pour me demander de faire le concours d’admission à l’Institut Supérieur du Phénix.

Ça fait pompeux, non ?

Même si finalement, les phénix sont quasiment immortels. Je meurs. Je m’embrase. Je deviens cendres et je reviens à la vie. Cela peut vous paraître rasoir, malgré tout, je me dis que cela doit être tout de même vraiment cool. Vous imaginez un peu ? Vous mourez mais cela n’a pas d’importance puisque quelques minutes après, vous êtes de nouveau là. Bon, je vous accorde que le moment où vous brûlez, ce doit être moins amusant. Toutefois, c’est pour la « bonne cause », non ? Et puis, en ce moment, je donnerais n’importe quoi pour en être un.

Mais… je m’égare…

Ainsi, j’ai passé le concours. Bien sûr, je vous laisse deviner la suite : grâce à mon super cerveau ainsi que mes neurones du tonnerre, je l’ai réussi haut la main.

Quoi ?

Je l’ai déjà dit ?

Je voudrais vous y voir vous, assis par terre en train de mourir, me raconter votre vie et en plus garder les idées claires ! Bon, entendu… je vais tâcher de faire court : notre bon Roi m’octroie une bourse qui contribuera à financer cette année studieuse mais aussi à aider la « Madre » discrètement. En plus, n’étant pas trop fainéant, je chercherai un job pour me faire un peu plus d’argent.

 

Hé ! Arrêtez de crier, ça esquinte mon lobe temporal ! Vous n’avez pas envie qu’en plus du reste, je devienne sourd ? Oui, en effet, ça serait dommage. De toute façon, arrêtez d’imaginer mes muscles en action, car je n’ai même pas eu le temps de tremper la chemise. Enfin… si… mais pas pour bosser. Et croyez-moi, j’aurais préféré. Donc veuillez calmer un peu vos hormones, s’il-vous-plaît, merci.

 

Entre joie de ma réussite, l’espérance d’une vie meilleure que la sienne pour son fils, et la crainte de me perdre à tout jamais, ma mère verse quelques larmes sur ses joues rebondies. Je dépose un baiser rempli de tendresse sur son front puis file dans ma modeste chambre aux couleurs du passé.

Suspendu aux moments de nostalgie rangés précieusement sur les étagères du mur derrière mon lit, je doute un instant. Je repense à mes parents. Mon défunt père. Ma défunte sœur. Ma mère. Avec tout ce qu’elle a vécu depuis le jour de ma naissance, je ne peux décemment pas faire marche arrière. Je dois le faire. Pour elle. Pour ma sœur.

Je me fais tout beau (enfin j’espère) : une chemise à manches courtes, boutonnée, poche sur le torse, des petites lanières marrons sur les épaules, un pantalon noir, simili cuir, clouté aux poches, zippé des mollets aux pieds. Je porte des rangers, pas lacées entièrement, enfile mon blouson en cuir, noir aussi, sanglé aux bras et dans le dos. Je passe ma montre microprocesseur au poignet, cadeau d’adieu de mon paternel : de petite taille, ronde, un pentacle contenant des petits rouages mécaniques, un cadran en cuivre, un boitier doré agrémenté de quelques boutons de couleur identique. Me voilà fin prêt.

J’attrape mes valises, écourte les adieux déchirants avec maman. Maintenant, direction la navette pour la capitale !

Un ciel bleu sans nuage surplombe le petit point de passage, vide de monde, tout comme la ruelle tortueuse qui remonte le long des petites maisons aux fenêtres fantomatiques. Les gens travaillent. Les enfants se trouvent dans les écoles, les jeunes de mon âge sont partis depuis longtemps ou ont rejoint leurs parents pour besogner avec eux. Le monde rural est dur. Il faut avoir l’esprit et le corps endurcis au fil des impitoyables années de labeur, de privations en tous genres. C’est quelque chose que notre (pourtant bon) Roi a raté. Les différences sociales s’amusent toujours du manque des plus pauvres. Malgré cela, nos conditions de vie se sont tout de même améliorées.

J’imagine tout.

J’espère tout.

Je veux tout.

J’ai surtout envie de changer certaines choses.

Cadencé par mon impatience, mon cœur se met à battre rapidement. Un éclat blanc se reflète dans l’étendue céruléenne, attirant à lui mes iris plissés sur la forme longue, arrondie, en approche. Décrivant un demi-cercle, la navette silencieuse qui fonctionne à l’énergie solaire, s’arrête à quelques mètres au-dessus du sol.

Mes lèvres s’étirent d’un sourire confiant à l’instant où un faisceau bleuté m’enveloppe puis me soulève jusqu’à l’intérieur du transport. Un rayon, vert cette fois, me scanne de la tête aux pieds. Enfin, j’expose mes deux mains, tendues droits devant moi. Le rayonnement lumineux balaie à leur tour mes empreintes digitales. Finalement, une voix aseptisée se fait entendre :

— Bienvenue Zachary Caïn. Veuillez prendre place.

Je me tourne. À cette heure matinale, il y a peu de monde dans la navette. Sur la banquette du fond, main dans la main, un couple s’embrasse effrontément. Dans un siège de la rangée de droite, une ancienne, toute menue, somnole, tête contre la vitre. Sur une assise à l’opposé, un adolescent à la tenue vestimentaire improbable tapote ses doigts fins contre sa cuisse au rythme d’une musique que lui seul peut entendre. Diffusée à son oreille par un petit appareil dit « connecté » de la taille d’une puce électronique placée près de sa tempe, elle permet au jeune homme de se plonger dans sa bulle jusqu’au moment où, de sa simple volonté, la mélodie cessera.

Mes pas déterminés me mènent à un siège quelconque sur lequel je m’installe. Sans aucune secousse, toujours silencieusement, la navette redémarre, m’arrachant pour une année entière de l’inquiétude maternelle. J’ignore le paysage défilant. Mon village natal (ainsi que mes doutes) qui s’éloigne, reste pour mes yeux passifs un mélange savant de couleurs et d’émotions variées. Mon estomac se tord d’une excitation grandissante. Me voilà gonflé à bloc. Je meurs d’envie de montrer à tous ces gosses de riches ce que c’est qu’un « vrai » cerveau.

Ah… bon… c’est vrai que je suis allé un peu vite en besogne.

Je me voyais déjà « en haut de l’affiche », devant tout le monde, avant même d’avoir monté les premières marches. Ce qui se passe lorsque l’on se prend un peu trop au sérieux, c’est que l’on finit par dégringoler. Et plus l’on est monté haut, plus la chute fait mal. Mon nuage m’a lâché, sans que je puisse le voir, éparpillé aux quatre vents. J’ai chuté, dégringolé sans rien ni personne pour me rattraper… ou presque.

Pour ma défense, je dois vous dire que j’avais eu d’excellents résultats. Je me croyais quasiment invincible avec des notes pareilles ! Oui. Mais c’était sans compter sur le trio royal. Des inséparables ceux-là. Avec un QI à défrayer les Chroniques. Oui… inoubliables ces trois-là, vraiment inoubliables… des yeux… un sourire…

Excusez-moi… je reviens.

C’est que… des yeux pareils, ça ne devrait pas exister ! Un sourire comme ce n’est pas permis. Un corps à vous déboussoler pour le restant de vos jours. Ouais, inoubliable !

Comme le disent certains, je les « kiffe » trop. Cela me fait perdre la tête. À chaque fois. Du coup, vous l’avez tous déjà compris, mes notes ont été avortées, dès les premiers jours ! J’en rougis toujours de honte. Mais… hum… revenons-en à ce qui nous intéresse. Enfin… vous… parce que moi, au cas où vous ne l’auriez pas compris : je suis fou amoureux… et en train de mourir…

 

Le cycle du prophète : Livre 1 : Le prophète

 

Les autres romans de cet auteur :

→ * Mirage’s Memories Saga complète

 

Description de cet auteur :

→ S-P Decroix

 

Interview de cet auteur :

→ Interview de S-P Decroix

 

Anecdote de cet auteur :

→ Anecdote de S-P Decroix

 

Extrait :

→ Mirage’s Memories: Tome 1 : La Dernière Cité (EXTRAIT)

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