Le jour qui ne vient jamais (EXTRAIT)

Partie 1

CHAPITRE 1

 

 

Ce qui avait été jadis un moustique s’écrasa lamentablement contre la vitre de la chambre de ce qui avait été jadis un hôpital public.

Le bruit aurait été imperceptible pour le commun des mortels, mais de commun des mortels, il n’y en avait plus sur cette planète. Le moustique s’effondra dans un dernier souffle sur le rebord de la fenêtre, sur un douillet tapis de poussières et d’insectes divers et variés, morts, comme lui très bientôt. Les vitres de la chambre étaient pour la plupart brisées. Celles qui tenaient encore debout, paraissaient recouvertes d’une épaisse couche de crasse. L’agent d’entretien de l’étage devait profiter de ses congés cette semaine, ou n’avait pas été remplacé à la suite d’un départ en retraite. La lumière diffuse de cette fin de journée projetait sur les murs sales d’étranges ombres inquiétantes. Les arbres se transformaient inéluctablement en trolls malfaisants.

L’automne tentait de faire chuter les dernières feuilles qui s’accrochaient désespérément aux branches fatiguées par les années, et les tempêtes successives.

Le vent glacial qui s’engouffrait dans la chambre faisait voltiger les feuilles des chênes et des platanes du grand parc et les vestiges de ce qui avait été autrefois, naguère, jadis, à une autre époque, des feuilles de soins. L’une de ces dernières vint se coller sur le chambranle de la porte qui menait au couloir principal de l’hôpital. Elle était signée de la main du Docteur Baker, responsable du service neurologie de cette clinique privée des quartiers nord de la ville. Le nom de ladite clinique était partiellement effacé par les intempéries. Cette feuille de soins indiquait que ce patient encore allongé dans le lit, inerte au centre de la chambre, était maintenu artificiellement en vie depuis de longs mois. La date indiquait même… de longues années.

Les machines n’émettaient plus aucune lumière. Aucun bip ne résonnait entre ces murs. Aucune ligne sinusoïdale n’illuminait l’écran du moniteur. Le corps inanimé, allongé en travers de cette couche désordonnée, semblait vidé de toute forme de vie. La coupure d’électricité avait probablement eu raison de lui et de sa santé, les machines avaient finalement cessé de le maintenir en vie, de façon artificielle. Le patient semblait probablement parti sous d’autres cieux, sans trop avoir souffert. Peut-être…

Un oiseau vint se poser habilement sur l’arête aiguisée d’un carreau cassé. Il avait l’air un tantinet plus vif que le corps immobile de ce patient. Il ouvrit grand son bec. Aucun son n’en sortit. Seul le souffle du vent brisait ce silence inquiétant. Il pivota sa tête vers l’intérieur, observa longuement chaque recoin de la pièce, déploya ses ailes partiellement déplumées, puis effectua un tour rapide du propriétaire, fouillant au-dessus des armoires, en quête de quelque chose à grignoter. Ses yeux sombres se posèrent soudainement sur le rebord de la fenêtre. Il aperçut le moustique, se débattant vainement dans un dernier sursaut, un ultime soubresaut.

Le rossignol, car il avait tout l’air d’un rossignol, plongea en piqué sur l’insecte mourant, ne faisant de ce dernier qu’une seule et unique bouchée, ne laissant pas la moindre chance de s’en tirer à sa proie.

Dans un silence quasi absolu, la vie poursuivait son cours. La nature n’avait pas perçu les grands changements qui s’étaient opérés ces derniers temps.

Sur le lit, les draps tressaillirent, imperceptiblement.

 

→ Le jour qui ne vient jamais

 

Les autres romans de cet auteur :

→ Comme elles viennent

 

Description de cet auteur :

→ Interview de Sylvain Reverchon

 

Extrait :

→ Comme elles viennent (EXTRAIT)

Share this post

Start typing and press Enter to search

Shopping Cart

Votre panier est vide.